Le petit Pierre
Je suis le petit Pierre,
Du faubourg Saint-Marceau,
Messager ordinaire,
Facteur et porteur d’eau ;
J’ai plus d’une ressource
Pour faire mon chemin ;
Je n’emplis pas ma bourse
Mais je gagne mon pain.
Je n’ai ni bois ni terre,
Ni chevaux ni laquais ;
Petit propriétaire,
Mon fonds est deux crochets.
Je prends comme il arrive
L’ivraie et le bon grain.
Dieu veut que chacun vive,
Et je gagne mon pain.
Comme le disait Blaise,
Feu Blaise, mon parrain,
On est toujours à l’aise
Lorsque l’on n’a pas faim.
Dans les jours de misère
Je m’adresse au voisin ;
Il a pitié de Pierre,
Et je trouve mon pain.
Jacques BOUCHER DE PERTHES.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome II, 1878.