Révélation

 

 

Il arrive parfois, qu’au noir de l’existence

Une lueur hésite en l’horizon de poix

Et parmi la torpeur de l’angoissant silence,

Comme un souffle, vous parle une lointaine voix.

 

Et la lueur prend forme et grandit, se précise :

Un Être d’au-delà, dont l’âme resplendit,

Aux yeux larges ouverts, tout emplis de surprise,

Apparaît – vision étrange qui grandit, –

 

Et la lointaine voix soudain vibre, plus claire,

Et son timbre n’a plus rien de mystérieux :

On dirait qu’une bouche aimée et familière

Apporte des conseils – voix de père ou d’aïeux !

 

Et cette vision ce n’est pas un mirage

Cette voix ce n’est pas trompeuse illusion :

De même que les yeux contemplent bien l’image,

L’oreille, nettement, recueille chaque son.

 

Quel est donc cet étrange et troublant phénomène ?

Les miracles d’antan osent-ils refleurir ?

Et les célestes voix de Jeanne la Lorraine

Vont-elles, à nouveau, préparer l’avenir ?...

 

Incrédules rieurs, dont les plaisanteries

Déferlent, bruyamment, au seuil de nos Espoirs,

Je vous plains. Sous l’assaut froid des intempéries

Vous vous enliserez dans un torrent de noir.

 

Et les Esprits aimés, dont la sollicitude

Nous suit, jalousement – tels des anges gardiens –

Ne pourront que gémir – et leur inquiétude

Sans les guider suivra vos pas lourds, incertains.

 

Esclaves attachés à la triste matière,

Les claires visions s’éloignent de vos yeux,

De vos yeux qui nieraient la divine lumière

Et chercheraient l’Enfer au cœur même des cieux.

 

Ô vous, nombreux amis qui peuplez les espaces,

Penchés sur nos douleurs – amis chers et bénis !

Que vos tendres pitiés, prodigues, jamais lasses

Descendent vers ceux-là du fond des Infinis.

 

Peut-être, grâce à vous – sublime renaissance –

Une aube de triomphe, en leur âme, poindra

Dissipant, d’un seul coup, les ombres d’Ignorance :

La Vérité divine alors seule, luira !

 

 

 

Octave CHARPENTIER, Paris, 1er octobre 1899.

 

Paru dans Le Spiritualisme moderne en octobre 1899.

 

 

 

 

 

 

 

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