À mes amis

 

 

                    Qu’il est doux, en suivant le sentier de la vie,

                    De trouver des amis dont l’âme est enrichie

                    De ces biens éternels qui seuls donnent la paix !

 

 

Lausanne ! ô bleu Léman, patrie hospitalière,

Et vous dont l’amitié me restera bien chère,

Toujours, en vous quittant, j’aime à dire : Au revoir !

Nous gardons en nos cœurs, pour la prochaine année,

Et les doux souvenirs et l’amitié donnée,

        Les chants, les fleurs, le doux espoir.

 

Oh ! ces jours reviendront ! au foyer solitaire,

Au paisible foyer de l’humble presbytère,

Amis, nous reverrons ces instants de bonheur,

Et, toujours souriant malgré les fleurs fanées,

Nous resterons encore, en dépit des années,

        Jeunes, toujours jeunes de cœur.

 

Oh oui ! gardons ainsi pour le soir de la vie

D’un lointain souvenir la douce poésie ;

Que jamais de nos cœurs il ne meure effacé ;

Et quand nos fronts pâlis connaîtront la souffrance,

N’aurons-nous pas encor les rêves de l’enfance,

        Amis, les rêves du passé !

 

Dans ce siècle où tout meurt, dans ce siècle où tout passe,

Où des vieilles vertus l’homme a perdu la trace,

Où les dieux sont partis, où le rire moqueur

A remplacé la foi... oh ! gardons en notre âme

Du céleste flambeau la sainte et pure flamme,

        L’amour de Dieu dans notre cœur !

 

Jeunes hommes, sachons entrer dans la carrière,

Et fermes et joyeux sous la double bannière

De la foi, de l’amour, avec des cœurs pieux,

Allons puiser toujours à la sainte Parole

Et le pardon qui sauve et l’espoir qui console,

        Et Dieu nous bénira des cieux.

 

Et maintenant adieu ! Sur cette pauvre terre,

À tous ceux qui m’ont fait la route moins amère,

À vous tous, chers amis, que le soleil soit d’or,

Le matin doux et pur et le ciel sans nuage !

Et que la paix de Dieu qui dissipe l’orage

        Reste notre commun trésor !

 

 

 

Charles CHATELANAT.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

biblisem.net