Le Cid

 

 

Prêt à partir pour la rive africaine,

Le Cid, armé, tout brillant de valeur,

Sur la guitare, aux pieds de sa Chimène,

Chantait ces vers que lui dictait l’honneur :

 

« Chimène a dit : Va combattre le Maure ;

De ce combat surtout reviens vainqueur.

Oui, je croirais que Rodrigue m’adore,

S’il fait céder son amour à l’honneur. »

 

Donnez, donnez et mon casque et ma lance ;

Je prouverai que Rodrigue a du cœur :

Dans les combats signalant sa vaillance,

Son cri sera pour sa dame et l’honneur.

 

Maure vanté par ta galanterie,

De tes accents mon noble chant vainqueur

D’Espagne un jour deviendra la folie,

Car il peindra l’amour avec l’honneur.

 

Dans les vallons de notre Andalousie,

Les vieux chrétiens chanteront ma valeur ;

« Il préféra, diront-ils, à la vie,

Son Dieu, son roi, sa Chimène et l’honneur. »

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

biblisem.net