Une page d’Évangile

 

 

Jésus dans une barque un jour étant monté,

Ses disciples s’étaient groupés assis à son côté.

Tout à coup la tempête, horrible, déchaînée,

Souffla si fortement que la barque entraînée

Par intervalle était couverte par les flots.

Pendant ce temps, Jésus dormait.

 

                                                                           Les matelots

S’approchèrent de lui pour l’éveiller (la crainte

Sur ces visages durs et mâles était peinte ) :

« Seigneur, nous périssons, dirent-ils, sauvez-nous !... »

Jésus leur répondit alors, tranquille et doux :

« Hommes de peu de foi, vous tremblez ? » Sa voix pure

Avait cet accent ferme et simple qui rassure ;

Puis, se levant, en maître il étendit la main,

Et sur l’immense mer la paix se fit soudain !...

 

Ici-bas, quel que soit le nom de la tempête,

Tempête de l’esprit, du cœur ou de la tête,

Quelque vent qui nous pousse et quelques passions

Qui gonflent sous nos pas leurs agitations,

Sur son gouffre béant le monde nous ballotte.

Malheur à qui n’a pas recours au grand pilote !...

 

 

Paul COLLIN.

 

Paru dans la Revue britannique en 1873.

 

 

 

 

 

 

 

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