L’ange perdu
Un petit ange, à face ronde,
Là-haut, d’un vol peu sûr encor,
Loin des rangs de la troupe blonde,
Avait pris son premier essor ;
Mais, en sa fuite solitaire,
Dépassant les confins du ciel,
Il était tombé sur la terre,
L’imprudent petit Gabriel !
Par ce triste monde où l’on doute,
Où règnent les vices maudits,
Il cherchait vainement la route
Qui reconduit au paradis.
Fatigué, l’aile presque morte,
Il se désespérait déjà,
Quand d’un chaume il ouvrit la porte,
Et, furtivement, s’y logea.
Il y vit une jeune fille
Qui, mains jointes, avec ferveur,
Priait pour toute sa famille
Devant l’image du Sauveur.
Et ce fut un trait de lumière !
L’ange, heureux comme à l’Hosanna,
Suivit la candide prière
Qui droit au ciel le ramena !
Prosper DELAMARE.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.