Le dernier rendez-vous

 

 

Mon seul amour ! embrasse-moi.

Si la mort me veut avant toi,

Je bénis Dieu ; tu m’as aimée !

Ce doux hymen eut peu d’instants :

Tu vois ; les fleurs n’ont qu’un printemps,

Et la rose meurt embaumée.

Mais quand, sous tes pieds renfermée,

Tu viendras me parler tout bas,

Crains-tu que je n’entende pas ?

 

Je t’entendrai, mon seul amour

Triste dans mon dernier séjour,

Si le courage t’abandonne ;

Et la nuit, sans te commander,

J’irai doucement te gronder,

Puis te dire : « Dieu nous pardonne ! »

Et, d’une voix que le ciel donne,

Je te peindrai les cieux tout bas :

Crains-tu de ne m’entendre pas ?

 

J’irai seule, en quittant tes yeux,

T’attendre à la porte des Cieux,

Et prier pour ta délivrance.

Oh ! dussé-je y rester longtemps,

Je veux y couler mes instants

À t’adoucir quelque souffrance ;

Puis un jour, avec l’Espérance,

Je viendrai délier tes pas ;

Crains-tu que je ne vienne pas ?

 

Je viendrai, car tu dois mourir,

Sans être las de me chérir ;

Et comme deux ramiers fidèles,

Séparés par de sombres jours,

Pour monter où l’on vit toujours,

Nous entrelacerons nos ailes !

Là, nos heures sont éternelles :

Quand Dieu nous l’a promis tout bas,

Crois-tu que je n’écoutais pas ?

 

 

 

Marceline DESBORDES-VALMORE.

 

 

 

 

 

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