Rêverie

 

 

Encor si l’on savait le secret de la tombe :

Si l’âme s’élevait ainsi qu’une colombe

À travers le ciel bleu, vers cette immensité

Où Dieu jouit de tout et de l’éternité !

Si l’âme, se trouvant sous la forme d’un ange,

S’enivrait à jamais de bonheurs sans mélange ;

Si, rejetant la coupe où l’on boit tant de fiel,

Les âmes qui s’aimaient se revoyaient au ciel !

Si des mondes roulants l’ineffable harmonie,

La majesté de Dieu, sa puissance infinie,

L’orgueil d’être immortel, de voir créer sans fin,

D’unir son chant d’amour au chant du séraphin,

Si les plaisirs sacrés du céleste domaine,

Qui n’auraient point de mot dans toute langue humaine,

Dont notre esprit a soif et qu’il ne conçoit pas,

Se montraient devant nous au-delà du trépas !

 

Oui, j’en crois ce besoin que Dieu mit en notre âme,

Ce vague instinct des cieux qui m’attire et m’enflamme,

Ce désir éthéré qui n’a rien d’ici -bas :

Il est un autre monde, un terme à nos combats ;

Une fête éternelle où Dieu même convie,

Un bonheur indicible, un grand but à la vie,

Un sublime repos aux élans de l’esprit,

Un amour, Éliza, qui jamais ne tarit,

Un port aux affligés, libres de toute crainte,

Devant le Dieu de tous, une égalité sainte,

Des prix à la vertu, des regrets aux pervers,

Un culte universel au Dieu de l’univers.

 

 

Gustave DROUINEAU.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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