Le colporteur vaudois

 

 

Oh ! regardez, ma noble et belle dame,

Ces chaînes d’or, ces joyaux précieux.

Les voyez-vous, ces perles dont la flamme

Effacerait un éclair de vos yeux ?

Voyez encor ces vêtements de soie

Qui pourraient plaire à plus d’un souverain.

Quand près de vous un heureux sort m’envoie,

Achetez donc au pauvre pèlerin !

 

La noble dame, à l’âge où l’on est vaine,

Prit les joyaux, les quitta, les reprit,

Les enlaça dans ses cheveux d’ébène,

Se trouva belle, et puis elle sourit.

– « Que te faut-il, vieillard ? Des mains d’un page

Dans un instant tu vas le recevoir.

Oh ! pense à moi, si ton pèlerinage

Te ramenait auprès de ce manoir. »

 

Mais l’étranger, d’une voix plus austère,

Lui dit : « Ma fille, il me reste un trésor

Plus précieux que les biens de la terre,

Plus éclatant que les perles et l’or.

On voit pâlir aux clartés dont il brille

Les diamants dont les rois sont épris.

Quels jours heureux luiraient pour vous, ma fille,

Si vous aviez ma perle de grand prix ! »

 

– « Montre-la-moi, vieillard, je t’en conjure ;

Ne puis-je pas te l’acheter aussi ? »

Et l’étranger, sous son manteau de bure,

Cherche longtemps un vieux livre noirci.

– « Ce bien, dit-il, vaut mieux qu’une couronne,

Nous l’appelons la Parole de Dieu.

Je ne vends pas ce trésor, je le donne ;

Il est à vous ! le ciel vous aide ! adieu ! »

 

Il s’éloigna... Bientôt la noble dame

Lut et relut le livre du Vaudois.

La vérité pénétra dans son âme,

Et du Sauveur elle comprit la voix ;

Puis, un matin, loin des tours crénelées,

Loin des plaisirs que le monde chérit,

On l’aperçut dans les humbles vallées

Où les Vaudois adoraient Jésus-Christ.

 

 

 

Guillaume de FÉLICE.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

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