Souvenez-vous de moi

 

 

Qu’avec plaisir, ô fleur pâle et charmante

        Je te retrouve dans ces lieux !

Plus que l’éclat de la rose naissante,

        Ton faible azur plaît à mes yeux,

Pour embellir un dernier jour d’automne,

        Le printemps te laisse après soi,

J’aime ce nom, ce doux nom qu’on te donne :

        Souvenez-vous de moi !

 

Mon œil distrait, errant dans la prairie,

        T’a reconnue avec transport.

Suis-moi, rappelle à mon âme attendrie

        Les moments passés sur ce bord.

Mais non, fleuris et meurs sur ce rivage,

        J’y voudrais mourir près de toi...

Je pars... Vous tous dont j’emporte l’image,

        Souvenez-vous de moi !

 

Toi que j’ai vue au fond du noir abîme,

        Auprès de l’antre du torrent ;

Du vieux rocher, toi qui pares la cime

        Et les murs du saint monument ;

Si l’on revient visiter l’ermitage,

        Qu’un doux regard tombe sur toi !

Vous qui ferez le saint pèlerinage,

        Souvenez-vous de moi !

 

Vous reverrez la chapelle pieuse,

        L’autel où nous avons prié,

Les bois, le mont, l’antre, l’onde écumeuse ;

        Moi, je n’aurai rien oublié.

Dites-vous bien que d’ennuis oppressée,

        Du destin j’accuse la loi ;

Que près de vous erre encor ma pensée ;

        Souvenez-vous de moi !

 

Ma voix s’éteint, mon luth, que j’abandonne,

        Exhale ses derniers accords.

Roseau brisé, jouet des vents d’automne,

        Ils m’entraînent sur d’autres bords.

Près de revoir le monde et ses orages,

        Mon cœur frémit d’un vague effroi,

Ah ! sans retour si je fuis ces rivages,

        Souvenez-vous de moi !

 

 

Pauline de FLAUGERGUES.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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