La lyre

 

 

Je ne suis qu’une femme et mon cœur est débile,

Pour soutien cependant j’ai pris la lyre d’or ;

Eu la faisant vibrer, je deviens plus tranquille,

Et je sais supporter, si je soupire encor !

 

Je cadence, en chantant, les rêves de mon âme ;

Traduire ainsi son cœur, c’est une volupté,

Car je sais que mes vers s’en iront, douce flamme,

Pénétrer d’autres cœurs d’une pure clarté.

 

Ils leur diront comment la timide orpheline

Marche dans des sentiers sans verdure ni fleurs,

Comment, le soir, assise au pied de la colline,

Ses yeux fixaient la nue en se mouillant de pleurs.

 

Et Dieu la consola. Dans son cœur sans défense

Il mit pour bouclier la pieuse oraison,

Qui, pure du péché, conserve l’innocence,

Et dans les longues nuits fait parler la raison.

 

Si, bien loin des méchants, j’ai vécu solitaire,

Sous le poids de mes jours pliant comme un roseau,

Dieu, pour me consoler des amours de la terre,

M’a dit : Va dans le ciel chanter comme un oiseau !

 

Sur la lyre tissant mes douces mélodies,

Tantôt j’ai fait gronder un hymne à la vertu !

Et tantôt, soupirant, mes lèvres moins hardies

Ont tout bas murmuré : Printemps, que me veux-tu ?

 

Restant toujours fidèle à l’essaim de mes rêves,

Jamais je n’ai maudit l’extase de l’amour,

Ni condamné ceux qui, dans des heures trop brèves,

Prononcent des serments qu’ils oublieront un jour.

 

Mais sans les imiter, m’entourant de mon voile,

J’ai dit à Dieu lui seul : Prenez, prenez mon cœur !

Et dans les verts taillis j’ai marché, faible étoile,

Ayant le ciel pour guide et la muse pour sœur !

 

 

 

Mlle Zoé FLEURENTIN.

 

Paru dans La France littéraire,

artistique, scientifique en 1859.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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