Au travail

 

 

Au travail ! Trop longtemps, pour rien, pour s’amuser,

On rabaissa la Muse en jouant avec elle !

Lasse des bateleurs, elle a fui leur séquelle.

Elle nous tend les bras : méritons son baiser.

 

Des œuvres ! Il en faut ; il en faut tout de suite !

Pour émouvoir la foule, indigner les faquins,

Pour remplacer cet or parant des mannequins,

Faisons de la chair vraie, et que l’âme y palpite.

 

Reprends, toi le penseur, l’hymne à la vérité,

En y croyant d’abord, en le disant sans feinte ;

Entonnons un cantique à toute chose sainte

Sans phraséologie et sans subtilité.

 

Célébrons les grandeurs du rêve ou de l’épée,

La science ou la foi, la nature ou l’amour.

Et, comme les aïeux, puisque c’est notre tour,

Attaquons-nous au drame, étreignons l’épopée.

 

Bien pétri, l’airain dure ; il résiste aux affronts,

Aux souillures de boue, à la dent des couleuvres.

À qui nierait le Beau, répondons par des œuvres ;

Faisons vivre la Muse : ensuite, nous vivrons.

 

 

Charles FUSTER.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1891.

 

 

 

 

 

 

 

www.biblisem.net