Paysage
L’aube effleurait des monts les courbes indécises,
L’horizon blanchissait, puis devenait vermeil,
Le coq et l’Angelus, envolé des églises,
Sonnaient aux vignerons l’heure d’un prompt réveil.
Les sabots, dans la cour, heurtaient les pierres grises ;
Tous les pleurs de la nuit retournaient au soleil,
Et les petits enfants, frais comme des cerises,
Au rayon du matin secouaient leur sommeil.
On accouplait les bœufs ; les vaches nourricières
Quittaient l’étable ouverte et les chaudes litières.
Chaque abeille au travail volait sous le ciel bleu.
Les oiseaux savouraient le jour qui les enivre,
Les insectes, les fleurs aspiraient à revivre,
Et moi je me disais : « Qui peut oublier Dieu ? »
Louis GOUJON.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.