Ma poésie

 

 

Ma jeune poésie est une vierge pure

Qui se plaît au silence, au soupir de l’adieu ;

Un rien la fait trembler, mais un rien la rassure ;

Une frêle guirlande est toute sa parure,

        Tout son espoir lui vient de Dieu !...

 

                                

 

        Elle est dans la feuille qui tremble,

        Dans deux voix qui meurent ensemble,

        Dans le vert buisson du sentier,

        Dans la croix qui, sur une tombe,

        Semble dire, quand le soir tombe :

        « Oh ! viens, poète, viens prier !... »

 

        Elle est près du lac solitaire

        Lorsque la lune, avec mystère,

        Brille comme un rayon d’espoir ;

        Dans les lueurs du crépuscule,

        Dans l’herbe dont la pointe ondule :

        Au souffle des brises du soir.

 

        Elle est dans ces nobles victimes

        Qui, sur leurs dévoûments sublimes,

        Étendent un voile discret.

        Du pauvre elle adoucit les veilles,

        Cueille des fleurs plein ses corbeilles

        Pour ceux qui souffrent en secret.

 

        Elle est dans l’onde qui soupire,

        Et dans le gracieux sourire

        D’une vierge au regard joyeux ;

        Elle est dans la douce parole

        D’une mère qui nous console

        Quand des pleurs naissent dans nos yeux.

 

        Elle est au milieu du silence,

        Dans la berceuse qui balance

        Le petit enfant endormi ;

        Elle est au coin du feu qui brille,

        Elle est au sein de la famille,

        Elle est dans les bras d’un ami...

 

                                

 

Mais elle aime surtout les hautes cathédrales,

Les vitraux, les frontons, les voûtes, les spirales,

        Et les mystères du saint lieu.

Elle confond ses chants aux chants des litanies,

Aux oraisons du prêtre, aux grandes harmonies,

        Qui nous élèvent jusqu’à Dieu....

 

Elle est dans les rayons de la lampe mystique

Qui veille nuit et jour dans la chapelle antique,

        Près de l’autel, devant la croix ;

Et dans l’orgue aux cent voix qui, sous l’obscure église,

Mêlant ses graves sons aux soupirs de la brise,

        Tonne et pleure tout à la fois.

 

Montrant des oppresseurs la couronne fragile,

Souvent dans les sentiers qu’éclaire l’Évangile

        Elle appelle l’humanité,

Poursuit les factions jusque dans leur victoire,

Toujours pour la patrie a des hymnes de gloire

        Et des chants pour la liberté...

 

Elle suit les héros au fort de la bataille,

Promène ses accords au bruit de la mitraille,

        Sur les vaincus verse des pleurs,

Et tout à son pays par la voix et par l’âme,

Dans les plaines de Lens applaudit l’oriflamme,

        Comme à Fleurus les trois couleurs...

 

                                

 

Ô sainte poésie, où le ciel se devine !

En vain l’on veut souffler sur ta flamme divine,

        Ton flambeau brillera toujours.

Tu grandiras... le cœur a besoin de tes charmes

Ou pour chanter sa joie, ou pour pleurer ses larmes,

        Ou pour mieux aimer ses amours...

 

 

                  SONNET - ÉPILOGUE.

 

Jeune femme, aux grands yeux, à la pâle beauté,

Oiseau dont l’oiseleur a lié les deux ailes,

Flambeau dont un vent froid glace les étincelles,

Trésor que dans sa tour l’avare a transporté ;

 

Jeune femme au front pâle, au regard attristé,

J’ai compris votre sort et vos larmes cruelles :

Mais je connais un cœur dont les élans fidèles

Veulent mettre un soleil dans vos cieux sans clarté.

 

Ma muse qu’un soupir plus que la joie attire,

Loin du monde souvent médite et se retire :

Là, pour celui qui souffre elle a des chants sacrés.

 

À vous ses derniers vœux et son dernier hommage ;

Et lorsque vous lirez ce livre, à chaque page

Lisez le mot divin qui nous dit : – Espérez...

 

 

Édouard GOUT-DESMARTRES.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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