Foi
Ce soir, je suis heureuse au delà de mon doute.
Que m’importe le mal souffert ou deviné ?
Si du bonheur, ce soir, sans regret m’est donné,
Qu’ai-je à me soucier des ronces sur ma route ?
Je ne veux plus penser qu’au présent adorable :
Demain sera ce qu’il pourra, je suis sans peur
Viennent les mauvais jours qu’escorte la douleur,
J’aime ce simple soir comme un éden durable.
Il est vrai, je ne puis y retenir ma marche,
Et cette heure va fuir et grossir mon passé,
Avant que mon plaisir s’en soit même lassé,
Que mon flot ait fini de rouler sous son arche.
Je sais trop bien, ce n’est qu’une pauvre seconde,
Un bref répit de joie accordé par le sort ;
Mais il peut me changer l’âpre goût de la mort,
Et par lui mon cœur touche à la bonté du monde.
Ce n’est pas qu’évoquant la mort, je la redoute ;
Mais j’irais plus paisible à son seuil si, parfois
Prémisse de sa paix, et promesse de foi,
J'étais un peu sereine au delà de mon doute.
Car chaque heure de vie infime ou solennelle
Va dans l'ombre ériger la forme du tombeau.
Selon que nous vivons un destin triste ou beau,
Se fixe obscurément notre forme éternelle.
Chaque pierre à nos pas par le chemin ravie,
Sculpte dans l’absolu notre humble humanité
On se fait chaque jour sa propre éternité
Et la mort est la somme auguste de la vie.
Harlette HAYEM-GREGH.