Défaillance

 

 

Malheur, malheur à vous qui, la cognée en main,

Sapez l’arbre mourant de nos vieilles chimères,

Et qui jetez toujours, sans peur du lendemain,

Au Dieu de Nazareth vos paroles amères !

 

Si les jeunes penseurs s’affaissent en chemin,

Et si leur front pâlit, même auprès de leurs mères,

C’est que, grâce à vous tous, un doute surhumain

Use dès le berceau leurs âmes éphémères.

 

Paris n’est aujourd’hui qu’un désert habité :

Un vent qui nous dessèche y secoue à toute heure

Sur son vieux piédestal la vieille Foi qui pleure !

 

Et devant ses débris tout homme est attristé,

Et plus d’un se demande, en vous voyant maudire,

S’il ne vaudrait pas mieux prier, croire et sourire !

 

 

Severiano de HÉRÉDIA.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

biblisem.net