La mondaine au pied de l’autel

 

 

Mon Dieu, puisque l’ingrate a redonné son âme

Qu’elle avait mise un jour vaincue à vos genoux,

Puisqu’elle jette encor ses parfums et sa flamme

À tous les vents brûlants qui soufflent loin de vous ;

 

Puisque tout bruit joyeux que le zéphir apporte,

Dans l’ombre de la nuit tout lustre rayonnant,

Tout accord s’élançant des fentes d’une porte

La jette fascinée en un rêve entraînant ;

 

Puisque tout vain fantôme et tout riant mensonge

Enchante son esprit et l’attire ébloui ;

Puisque, sans voir au fond, avide elle s’y plonge

Comme au flambeau du soir l’insecte réjoui ;

 

Puisqu’il est des plaisirs, ô Dieu ! qu’elle préfère

À la chaste douceur de vos embrassements ;

Puisque, pour s’enivrer d’un encens de la terre,

Elle est, devant les cieux, parjure à tous moments ;

 

Puisque tant que rira la joie à côté d’elle,

Vous n’aurez rien, hélas ! de son fragile cœur,

Ah ! dans votre bonté frappez cette infidèle...

Ayez pitié, mon Dieu, pitié de son bonheur !

 

Sur son front abattu, fanez, fanez les roses ;

Effacez-y, Seigneur, et jeunesse et beauté.

Mettez une amertume au fond de toute chose,

Sur chaque illusion, une réalité.

 

Sur son printemps doré, faites tomber l’automne,

L’automne aux sombres jours, l’automne aux longues nuits,

Qui des arbres fleuris jette à bas la couronne,

Qui n’ait point de soleil et qui n’ait point de fruits.

 

Qu’à l’horizon bruni s’efface chaque étoile,

Chaque nuage blanc qui flottait à l’entour,

Et le dernier rayon et la dernière voile,

La dernière espérance et le dernier amour.

 

Si d’un regard alors, sondant le précipice,

Elle demande grâce, oh ! ne l’écoutez pas.

Que la fleur du chemin devant elle pâlisse !

Que le terrain mouvant s’affaisse où vont ses pas

 

Afin que quelque jour ses deux mains frémissantes,

En ces lieux dévastés où tout croule à la fois,

Parmi les trônes brisés, les murailles tombantes,

En un suprême effort, s’attachent à la croix ;

 

Afin qu’au bruit des eaux et des vents en furie,

Elle cherche un ciel bleu, plus haut... dans votre sein ;

Afin que sans espoir, sans frère, sans patrie,

Et n’ayant plus que vous, elle vous aime enfin !

 

 

 

Marie JENNA,

Élévations poétiques et religieuses,

1880.

 

 

 

 

 

 

 

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