Le premier mot

 

 

Premier mot que murmure

L’enfance faible et pure ;

Instinct de la nature,

Écho secret du cœur ;

Mot que le ciel envoie

À l’enfant qui l’emploie

Pour exprimer la joie

Ainsi que la douleur ;

 

Dictame salutaire

Pour toute plaie amère,

Dans le cœur d’une mère

Mot qui vibre si doux ;

Mot sacré, dont les charmes

Dissipent les alarmes

Et tarissent les larmes

Que fait naître un époux ;

 

Non, le bruit du zéphyre

Qui passe et qui soupire,

Comme un son sur la lyre,

Comme un chant dans les airs ;

Le murmure rapide

D’un filet d’eau limpide

Qui se glisse timide,

Sous les arbustes verts ;

 

La chanson que répète

Le nid de la fauvette,

Et qui dans sa retraite

Attire l’oiseleur ;

La plainte vague et douce

Que tout insecte pousse,

Et qui de l’humble mousse

Monte vers le Seigneur ;

 

L’effusion charmante

D’une muse naissante

Qui s’éveille et qui chante

Pour la première fois ;

La musique incertaine

D’une cloche lointaine,

Dont l’écho dans la plaine

Vous apporte la voix ;

 

Ni le chant grave et tendre

Que l’orgue fait entendre

Quand Dieu daigne descendre

Visible sur l’autel ;

Tout ce que le génie

Peut créer d’harmonie ;

Toute la poésie

Des hommes et du ciel ;

 

Toute cette merveille

Est moins douce à l’oreille

D’une mère qui veille

Et rit incessamment,

Que la première plainte

D’une voix faible et sainte

Qui s’essaie avec crainte,

Et murmure : Maman !

 

 

Charles LAFONT.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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