Soir d’été

 

 

 

Le soir tombe... Le soleil dore les monts qui dentellent l’horizon. Les clartés et les ombres luttent dans l’agonie du jour. Les brises flottent et atténuent la chaleur trop vive de la journée. Une à une, pointent timidement les étoiles. La nature va bientôt dormir dans le lit royal de la nuit. Les bruits se taisent..... Silence troublant !.....

 

Dans la campagne, heure désirée de l’homme des champs qui revient au foyer après une journée de durs labeurs. Heure tranquille où l’âme prend contact plus intimement avec Dieu dans sa création.

 

Les villas qui s’étalent le long de la rivière s’allument. Les arbres s’inclinent et leur feuillage protège quelques barques légères. Peut-être des amoureux se bercent-ils sur les eaux, et la douceur des paroles d’amour s’unit-elle au calme du soir ? L’écho indiscret, dont nul ne se soucie, répercute à son gré les promesses de bonheur. Les mêmes mots, les mes baisers se répètent à l’infini..... Madame la Lune scrute la fouillée pour percer ces secrets. Les arbres, dessinés en silhouettes chinoises sur l’onde, empêchent la curieuse de prendre part au colloque. Elle sourit..... Elle en a vu bien d’autres.....

 

La nuit avance..... Elle couvre la terre. Poésie impossible à décrire. L’âme, transportée par la splendeur de la nuit naissante, embrasse l’immensité.

 

Comment définir ceux qui restent insensibles au charme mystérieux d’un soir d’été ? Il ne mérite pas de vivre celui qui ne peut en saisir l’harmonie et dont le cœur reste fermé aux sentiments qu’il inspire.

 

Le beau et l’élan de l’âme vers la poésie font sourire ceux qui ne rêvent que de flirts, et encore plus ceux qui s’attachent à des ambitions mesquines ou à des passions dégradantes.

 

Dégageons-nous de la matière, et, dans une promenade au clair de lune, suivons le cours de la rivière qui va en musardant se jeter vers le grand fleuve. Impossible d’oublier que les pensées suivent aussi le cours des ruisseaux, des rivières et des fleuves. Elles naissent étroites dans l’imagination et grandissent épurées jusqu’à ce qu’elles atteignent l’océan, symbole de grandeur et du génie.

 

 

 

Olivette LAMONTAGNE, Le long de la route..., 1937.

 

 

 

 

 

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