Solitude

 

 

Déjà l’ombre des nuits flottait sur la colline,

Le soleil se couchait sous un nuage d’or,

Ses rayons, diaprés sous leur manteau d’hermine,

Semblaient, en s’effaçant, nous éclairer encor.

C’était l’heure où se tait la vie, où son murmure

Fait place aux mille voix qui dorment en nos cœurs,

Où la pensée à Dieu s’élève sainte et pure,

L’heure ou l’âme attristée écoute ses douleurs.

Je sentais je ne sais quelle sainte harmonie,

Notes aux doux accents que ne dit nulle voix,

Mais qu’on entend le soir... étrange symphonie,

Concerts mystérieux d’anges au fond des bois.

J’avais comme un reflet d’une vague souffrance

Qui me parlait de maux que je ne sentais pas ;

Il semblait que mon cœur gardât la souvenance

De frères malheureux qui se plaignaient tout bas.

Je flottais éperdue et je demandais une âme

Qui sentit, qui cherchât, qui souffrît comme moi ;

Dont le cœur fût brûlé par cette ardente flamme

D’amour, de charité, d’espérance et de foi !

 

 

 

Nelly LIEUTIER, Chemin faisant.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

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