Paraphrase du Stabat Mater
Mère du chaste amour, vierge sainte, ô Marie !
Obtenez-moi le don de sentir vos douleurs.
Qu’en pleurant avec vous, de mes terrestres pleurs
La source soit tarie.
Des célestes ardeurs que mon cœur enflammé,
Par votre exemple apprenne à s’immoler soi-même.
Mère de mon Sauveur, ah ! faites que je l’aime,
Et que j’en sois aimé.
Imprimez dans mon âme, en traits ineffaçables,
L’amour de votre Fils, le zèle de sa loi,
Et des tourments d’un Dieu mort victime pour moi
Les traces adorables.
Qu’à cet objet chéri tout soit sacrifié ;
Et puisse au dernier jour de mon pèlerinage,
La mort, en me frappant, trouver en moi l’image
D’un Dieu crucifié !
Puissé-je en méditant ce consolant mystère,
Des profanes désirs voir s’éteindre le feu !
Puissé-je unir mes maux aux maux d’un Homme-Dieu
Et d’une vierge mère !
Que de l’amour divin suivant les saintes lois,
Je méprise, enivré de ses chastes délices,
Du monde et de la chair les douceurs corruptrices,
Pour n’aimer que la croix.
Mère du Rédempteur ! vous êtes mon refuge,
De son juste courroux daignez me préserver ;
Désarmez sa vengeance, et faites-moi trouver
Mon Sauveur dans mon juge.
Qu’au jour de sa fureur la croix soit mon appui,
Et que, par elle, en paix voyant briller sa gloire,
Je puisse sur l’enfer partager sa victoire,
Et régner avec lui !
Comte de MARCELLUS.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome II, 1878.