Méditation

 

 

Oh ! si, triste rêveur, passant les bois, les plaines,

Les rochers buissonneux qu’ornent les croix lointaines,

Tu t’arrêtes un soir sur ce roc colossal

Où l’azur s’assombrit autour d’un froid cristal ;

Si ton regard, perdu dans les neiges des cimes,

Rencontre le matin dans la nuit des abîmes,

Et si, tout haletant de surprise, d’effroi,

Tu planes sur ce monde où Dieu t’a créé roi,

D’un ineffable amour que ta veine s’enflamme,

Car un monde n’est rien au prix d’une seule âme !

Alors, chante plutôt, chante ce grand réveil

Où l’âme secoûra sa fange et son sommeil...

En un hymne d’amour répands ta poésie

À ce banquet funèbre où nous rêvons la vie,

Ne chantons plus, mon âme, un monde sans attraits,

Où, pour nous rappeler la seconde patrie,

L’avenir n’est qu’espoir, le passé que regrets !

 

 

Frédéric MONNERON, Préludes.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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