La fauvette du Calvaire

 

 

Lorsque par ses douleurs, le blond fils de Marie,

Mourant, réjouissait Sion et Samarie,

        Hérode, Pilate et l’Enfer ;

Son agonie émut d’une pitié profonde

Les anges dans le ciel, les femmes en ce monde,

        Et les petits oiseaux dans l’air ;

Et sur le Golgotha, noir d’un peuple infidèle,

        Quand les vautours à grand bruit d’aile,

        Flairant la mort, volaient en rond ;

Sortant d’un bois en fleur, au pied de la colline,

        Une fauvette pèlerine

Pour consoler Jésus se posa sur son front.

Oubliant pour la croix son doux nid sur la branche,

Elle chantait, pleurait et piétinait en vain,

Et de son bec pieux mordait l’épine blanche,

        Vermeille, hélas ! du sang divin ;

        Et l’ironique diadème

Pesait plus douloureux au front du moribond,

Et Jésus, souriant d’un sourire suprême,

        Dit à la fauvette : « À quoi bon ?...

À quoi bon te rougir aux blessures divines ?

Aux clous du saint gibet, à quoi bon t’écorcher ?

Il est, petit oiseau, des maux et des épines

Que du front et du cœur on ne peut arracher !

        La tempête qui m’environne

        Jette au vent ta plume et ta voix,

Et ton stérile effort au poids de ma couronne

Sans même l’effeuiller, ajoute un nouveau poids. »

La fauvette comprit, et déployant son aile,

Au perchoir épineux déchirée à moitié,

Dans son nid, que berçait la branche maternelle,

Courut ensevelir ses chants et sa pitié.

 

 

Hégésippe MOREAU.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome II, 1878.

 

 

 

 

 

 

 

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