Tristesse
J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté,
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j’ai connu la vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu’on lui réponde ;
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.
Alfred de MUSSET.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome II, 1878.