Un mourant
Un pied dans le sépulcre et tout prêt d’y descendre,
Pour n’être au premier jour que poussière et que cendre,
Puis-je encore, ô mon Dieu, fléchir votre courroux,
Et recourir à vous ?
N’ayant à vous offrir, pour expier mon crime,
Que cette maigre, sèche et mourante victime,
Quelle immense bonté pour elle vous avez
Si vous la recevez !
Ô le don précieux ! la magnifique offrande !
Quel présent je vous fais ! que ma ferveur est grande !
Et qu’il en est bien temps, quand déjà tout perclus,
Le monde n’en veut plus !
Cependant mon Sauveur, en cet état funeste,
C’est tout ce que je puis, et tout ce qui me reste,
Avec mille regrets d’avoir songé si tard
À ce triste départ.
M’y voilà parvenu, la force m’abandonne,
Je pâlis, je succombe, et tout mon corps frissonne,
Ma fin sans doute approche, et de peur d’expirer
Je n’ose respirer.
Ah ! voici le moment que mon âme appréhende :
Au secours, mon Sauveur ! permettez que je rende
Et mes derniers soupirs et mes derniers abois
Au pied de votre croix.
Pierre PATRIX.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
5e édition, tome Ier, 1875.