À quoi l’on doit aspirer dans la vieillesse

 

 

Qu’ai-je à présent à faire dans le monde ?

À voir lever et coucher le soleil ?

Je l’ai tant vu sortir du sein de l’onde,

Je l’ai tant vu s’y plonger tout vermeil,

Que quelque grand et quelque magnifique

Que soit toujours un spectacle si beau,

Il n’a plus rien désormais qui me pique.

Il me faudrait un opéra nouveau :

Ai-je à jouir des plaisirs du bel âge ?

Le temps n’est plus des jeux ni des plaisirs ;

Le temps n’est plus des amoureux désirs ;

Depuis longtemps tout a plié bagage.

Ai-je à passer et les nuits et les jours

Le verre en main, en convive agréable ?

L’âge où je suis n’est pas plus convenable

Au Dieu du vin qu’à celui des amours.

Malgré douze ans ajoutés à soixante,

Je trouverais la vie encor charmante

Avec des gens de mérite et de sens :

Mais il faut vivre avec tant d’autres gens

Qu’elle en devient ennuyeuse et pesante.

Quant à passer du repos au réveil,

Puis ne rien faire, et redormir encore,

En attendant le retour de l’aurore ;

Autant vaudrait dormir d’un long sommeil.

Le seul emploi qui reste à la vieillesse,

Emploi divin, c’est de vaquer sans cesse

À louer Dieu : mais ne vaut-il pas mieux

L’aller louer par esprit dans les cieux ?

Que fais-je donc maintenant sur la terre,

Où les plaisirs pour moi ne sont plus faits ?

Où tant de maux aux mortels font la guerre ?

J’aspire au ciel où réside la paix ;

Où les plaisirs, dont nous n’avons que l’ombre,

Toujours nouveaux et sans fin et sans nombre,

Tiennent l’esprit dans le ravissement ;

Où l’on jouit de tout ce que l’on aime ;

Où dans le sein de la vérité même,

La soif du vrai s’étanche à tout moment.

 

 

François-Séraphin RÉGNIER-DESMARAIS.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

5e édition, tome Ier, 1875.

 

 

 

 

 

 

 

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