L’enfant

 

 

Qu’il est beau, voyez ! – Autour de ses tempes

Ses fins cheveux blonds font un cercle d’or,

Comme à cet enfant des vieilles estampes

Que sur ses genoux une Vierge endort.

 

Telle, en bourdonnant, l’abeille se pose

Sur la fleur ouverte où le miel reluit,

Ainsi, tout le jour, sur sa lèvre rose

Le rire, en passant, fait un joyeux bruit.

 

Comme des brillants à mille facettes,

Ses beaux grands yeux noirs sont pleins de rayons,

Ses bras potelés, semés de fossettes,

Auraient du Titien tenté les crayons ;

 

Le doux Raphaël, le tendre Corrège,

Auraient peint son corps, si blanc, si vermeil,

Que, tout ébloui, l’œil croit voir la neige

Mêlée et pétrie avec du soleil !

 

Quand ses petits pieds sortent de leurs langes,

On sent, à l’éclat de leur galbe pur,

Qu’ils n’ont point encore effleuré nos fanges,

Qu’ils marchaient sans doute hier dans l’azur !

 

Qu’il est beau, voyez, lorsque sur sa couche,

Sous le blanc reflet des rideaux de lin,

Il offre à baiser son front et sa bouche

Aux chérubins blonds dont son rêve est plein !

 

Lorsque dans la chambre, au soleil, il joue

Et, comme un oiseau, trotte étourdiment,

Le feu dans les yeux, le feu sur la joue,

Quel rire argentin ! quel babil charmant !

 

Oh ! rien qu’à le voir et rien qu’à l’entendre,

Rien qu’à le sentir près de moi, joyeux,

Un je ne sais quoi d’immensément tendre

Me remplit les cils de pleurs lumineux.

 

Son sourire émeut, sa voix rassérène !...

– Ô pères, qui sait, qui sait mieux que nous,

Combien un enfant vers Dieu nous ramène,

Comme un homme heureux est vite à genoux !

 

 

 

Henri RENARD.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

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