Voix de Dieu
L’autre nuit, je veillais dans mon lit sans lumière,
Et la verve, en mon sein, à flots silencieux
S’amassait, quand soudain, frappant du pied les cieux,
L’éclair, comme un coursier à la pâle crinière,
Passa ; la foudre en char retentissait derrière,
Et la terre tremblait sous les divins essieux ;
Et tous les animaux, d’effroi religieux
Saisis, restaient chacun tapis dans leur tanière.
Mais, moi, mon âme en feu s’allumait à l’éclair ;
Tout mon sein bouillonnait, et chaque coup dans l’air
À mon front trop chargé déchirait un nuage.
J’étais dans ce concert un sublime instrument ;
Homme, je me sentais plus grand qu’un élément,
Et Dieu parlait en moi plus haut que dans l’orage.
SAINTE-BEUVE.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.