Prie et travaille
« Prie et travaille » est la devise heureuse
D’un noble cœur, d’un esprit éclairé ;
C’est d’une vie et pure et généreuse
L’art, le devoir et le bonheur sacré.
« Prie et travaille » était, dans le village,
Ce que disaient nos guerriers valeureux.
Ils priaient même au milieu du carnage,
Et pour l’honneur ils en travaillaient mieux.
« Prie et travaille » est ce que l’on répète
Au malheureux qui réclame un peu d’or :
Et ce conseil que souvent il rejette,
S’il le suivait, lui vaudrait un trésor.
« Prie et travaille » est le refrain du sage ;
Faibles mortels ! récitez-le tout bas :
Ceux dont l’erreur fut l’éternel partage
Ne priaient guère et ne travaillaient pas.
Prie et travaille, ô toi que peut surprendre,
Loin d’un époux, le monde, le plaisir ;
Par la prière occupe un cœur trop tendre,
Par le travail un dangereux loisir.
Prie et travaille en tes sombres retraites,
Beauté qu’à Dieu l’on veut sacrifier :
Crains, en priant, les biens que tu regrettes ;
En travaillant cherche à les oublier.
Prie et travaille, homme vain, femme altière.
Riche qu’entoure un pompeux attirail !
Que reste-t-il à notre heure dernière,
Hors la prière et les fruits du travail ?
Prie et travaille, ou redoute le blâme ;
Avec raison enfin on le redit ;
Car la prière est le charme de l’âme,
Et le travail, le repos de l’esprit.
Princesse de SALM-DYCK.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome II, 1878.