Yvonne de Galais

 

 

Yvonne de Galais, nous avons reconnu

Glissant près des étangs votre princière image,

Et votre grâce claire, et votre œil ingénu.

 

Vous avez eu de nous le plus parfait hommage

Qui naît d’un cœur viril aux soirs du désir pur,

Aux soirs des vœux profonds pour un calme voyage.

 

Quel beau songe innomé, quel amour grave et sûr,

Enfant, vous promenez au soleil de décembre

Par les prés argentés et sous le givre dur,

 

Et sur le fleuve lent où vous aimez descendre,

Et dans cette île offerte à la peur des oiseaux,

Et sur le sable gris et fin comme une cendre !

 

Car tout, auprès de vous, le ciel, les bois, les eaux,

Élargit le silence où s’abat comme un rêve

Une sarcelle bleue au secret des roseaux.

 

Cœur limpide et joyeux percé pourtant d’un glaive !

Hélas ! l’amour vous fuit sitôt qu’il vous attend,

Et le vent qui l’apporte est celui qui l’enlève.

 

Vous allez, résignée à votre fier destin

D’offrir aux cœurs fiévreux, si lointain et si proche,

Le seul bonheur qui vaille et le plus incertain.

 

Ayant rendu son chant, qu’importe si la cloche

Meurt, et meurt le flambeau d’avoir nourri son feu ?

Non, votre jeune amant n’a pas eu de reproche,

 

Et votre lèvre lui fut douce pour l’adieu

Quand il partit, comblé des royales aumônes

Que font des mains d’infante aux affamés de Dieu.

 

Ô forêt des amours où ne vont point les faunes !

Ô barque détachée ! ô cheval fou ! Beau jeu

D’enfants ! Chemins perdus ! ô pays du Grand Meaulnes !

 

 

 

Pierre-Henri SIMON, Recours au poème.

 

 

 

 

 

 

 

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