La Charité

 

                                   BALLADE.

 

                                    I

 

« Pitié ! Seigneur, pitié ! car j’abreuvai ma lance

« Dans le sang de mon frère, et chevalier félon,

« Je quittai mon drapeau, mon beau drapeau de France

« Pour aider au méchant, qui blasphémait ton nom...

« Las ! depuis, toujours seul, avec ma peine amère,

« Au fond de mon manoir, je cache du proscrit

« Le front où le remords, de son ongle sévère,

« Grave en lettres de feu : Maudit ! maudit ! maudit ! »

 

                                    II

 

Le triste paladin vit donc sous l’anathème

Qui frappe le pécheur, quand son cœur désolé,

Qui ne croit plus à rien, a senti l’espoir même

Fuir son âme, et, de tout, le laisser isolé !

Pourtant, on dit qu’un soir, une humble mendiante

Surmonta sa frayeur, en l’abordant lui dit :

« La charité, seigneur !.... » Et sa main suppliante

Bien qu’en tremblant de crainte, allait vers le maudit !

 

                                    III

 

Le sombre chevalier fouille en son escarcelle,

Ému qu’on l’implorât ! et puis il emplit d’or

La main de la pauvresse, et va s’éloigner d’elle...

Quand ses haillons tombant, l’Ange prit son essor !

C’était la Charité qui, déployant son aile,

Au nom de ses deux Sœurs, au bon chevalier dit :

« Ton aumône te sauve, et la voûte éternelle

« S’ouvrira devant toi, car tu n’es plus maudit ! »

 

                                                    Saint-Louis, 31 mai 1876.

 

 

Comte A. de VERVINS.

 

Paru dans Le Foyer domestique en septembre 1876.

 

 

 

 

 

 

 

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