Le berceau et la tombe

 

 

Le berceau de l’enfant a le rideau de gaze,

Le doux balancement du genou maternel,

Et les songes légers, et la première extase

Qui rayonne aux fronts purs comme un astre éternel.

 

La tombe a le gazon qui la couvre et la presse,

Elle a le saule vert qui penche ses rameaux,

Elle a le rosier blanc qu’une abeille caresse,

Et la prière tendre et le chant des oiseaux.

 

Tous les deux font rêver même l’indifférence ;

À l’amour du penseur ils ont partout des droits.

Ils sont pleins de sommeil, de paix et d’espérance,

Sur l’un veille une mère, et sur l’autre une croix.

 

Ils parlent tous les deux d’une aurore vermeille,

L’un à l’enfant naissant, et l’autre à l’homme mort.

Le berceau donne un monde à l’enfant qui s’éveille,

La tombe donne un ciel au juste qui s’endort.

 

 

 

Hippolyte VIOLEAU.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

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