La contrition d’Assise
Ah ! que d’argent j’ai dû quêter
Pour entreprendre ce voyage
Aux temples de la Pauvreté !
En ces lieux, chantre séraphique,
Chaque grain de sable te loue :
Change donc en pierre ou en brique
Nos cœurs plus durs que le caillou.
Les sleepings de la terre entière
Amènent lords et miladies
Baiser avec cérémonies
Les mains de ta sœur, la Misère.
Et tout près de l’obscure place
Où gît ton saint corps indigent,
On sert des gâteaux et des glaces
Sur de riches plateaux d’argent.
Oh ! que tes larmes sont plus fraîches
Et plus savoureux tes croûtons !
Entendons-nous ce que tu prêches,
Ventre vide, aux ventres gloutons ?
À l’endroit même où, sous ta main,
Les oiseaux s’ébattaient en foule,
Le cuisinier, pour nos festins,
Saigne ton humble sœur, la poule.
Nos insolentes vanités
S’affublent des plus fins tissus,
Là même où tu courais tout nu,
Fils du marchand de nouveautés.
Loups cruels, ivres de vengeance,
Des autres nous voulons la peau,
Quand toi, tu sus faire alliance
Avec la Bête de Gubbio.
Ô tendre et immortel patron
De tous ceux qui r’çoivent sur la gueule,
– Honnie soit la Muse bégueule !... –
Rends-nous la douceur du pigeon !
Et que tes paumes où ruisselle
Le sang des stigmates divins
Scellent une paix éternelle
Entre le monde et les humains.
Jozef WITTLIN.
Traduit par Paul Cazin.
Paru dans La Pologne littéraire en mars 1932.